J. Clouet
ca. 1568-70Jeanne d'Albret
(1528-1572)English version
Jeanne d’Albret, reine de Navarre, fille unique de Henri d’Albret, roi de Navarre et de Marguerite d’Angoulême, est née à Pau en 1528. Elle mena une vie mouvementée, marquée par une série de crises durant la lutte de succession au sein de sa famille royale et par la confrontation épuisante qu’elle eut avec Catherine de Médicis.
Dès sa jeunesse, forcée par le roi Charles Quint à s’unir au Duc de Clèves, elle montra un caractère protestataire, en s’opposant officiellement à cette union. En 1548, elle épousa de son plein gré, Antoine de Bourbon, Duc de Vendôme. Deux ans plus tard, à la mort de son père, elle obtint la couronne de Navarre.
D’aigres démêlés avec Henri II, qui aurait bien voulu réunir la Navarre à ses états occupèrent les dix années suivantes. Durant cette période agitée, elle a dû faire face à l’inconstance de son mari qui s’était engagé dans le protestantisme pour le renier peu de temps après.
La corruption de son mari à la cour catholique des Valois où Catherine de Médicis servait de régente, fut pour Jeanne un des moments le plus humiliant de sa vie. La fausse indifférence qu’Antoine démontra pour “la cause” huguenote ruina les espoirs du parti calviniste déclenchant une rébellion. Le moment décisif pour les Huguenots s’inscrivit après le Colloque de Poissy qui fut aussi pour Jeanne un moment décisif.
Spectatrice aux sessions du Colloque, elle prit conscience de l’abîme qui se creusait entre les Catholiques et les Protestants. Aucun accord ne fut conclu mais le Colloque de Poissy s’avéra un facteur important qui précipita les guerres civiles et amena Jeanne à épouser officiellement le Calvinisme avec tous les risques que cela impliquait.
Durant les guerres de religion, sous la constante attaque des forces de la Contre-Reforme, elle connut l’excommunication, l’invasion sur ses terres et l'isolation de la cour. Elle maintint son pouvoir avec courage et craignant les émeutes, institua la liberté de conscience: la coexistence des deux cultes.Jeanne fut indéniablement un personnage influent dans la sphère politique et religieuse du XVIe siècle - sa carrière en tant que chef féodal dans le Sud Ouest de la France souligne le changement de relations entre la haute noblesse et la couronne alors que son rôle comme partenaire de Coligny, du parti protestant, contribue à une compréhension de la réforme française.
A travers ses Mémoires où elle ranime ses souvenirs et dresse un réquisitoire contre ses ennemis pour leurs actes de perfidie et d’injustice se dessine la conscience d’une reine, d’une mère responsable de l’éducation du futur roi Henri IV, d’une femme fidèle au parti qu’elle considéra celui de la vérité.
Elle s’éteignit en 1572 : « Ainsi mourut -- dit Agrippa d’Aubigné, dans un éloge qui reflète bien l'appréciation de la femme à son époque -- cette reine qui n’avait de femme que le sexe, l’âme entière aux choses viriles, invincible aux adversités ».
Sources :
d’Albret, Jeanne. Mémoires et poésies. Genève: Slatkine Reprints, 1970.
Roelker, Nancy. Queen of Navarre, Jeanne d’Albret. Cambridge: Harvard University Press, 1968.
![]() |
|